Tim Bozon: « Depuis deux ans, j’y pense presque tous les jours. »

Tim Bozon sous le maillot des Kamloops Blazers

Il sera probablement le Français repêché le plus haut dans l’histoire de la NHL puisqu’on l’annonce en première moitié de deuxième ronde (43e de notre classement). Fils de l’ancienne vedette de l’équipe de France et joueur des Blues de Saint-Louis Philippe, Tim Bozon était rentré chez lui, à Lugano (Suisse) lorsque nous l’avons joint.

TPPQB: Tim, pouvez-vous nous dire un mot sur votre formation, dans les traces de votre père?
Tim Bozon: J’ai passé beaucoup de temps en Suisse. J’ai démarré à l’école de hockey à Mannheim, en Allemagne, mais j’ai vraiment commencé en Suisse, à Lugano. C’est là que j’ai passé toute mon enfance.

Pourtant, vous jouez pour l’équipe de France en jeunes?
C’est vrai que j’ai le passeport américain, et que j’aurais pu demander un passeport suisse. Mais je suis Français, mon père et mon grand-père ont joué pour l’équipe de France. J’avais envie de prendre la suite.

Pourquoi avez-vous fait le choix de partir pour le junior majeur canadien, à Kamloops (WHL)?
C’est dans la CHL qu’il y a le plus de joueurs draftés chaque année. En jouant dans cette ligue, on a plus de chances d’être repéré. J’ai vu ce qui s’est passé pour (Nino) Niederreiter, qui est passé par là et joue en NHL. Là-bas, tu as la chance d’être vu par plus de scouts, plus souvent. Il y en avait toujours beaucoup à nos matchs. Et puis partir me permettait de m’adapter au style nord-américain.

Le style nord-américain n’a vraiment rien à voir avec le jeu européen?
C’est vraiment très différent, on ne peut pas savoir si un joueur nord-américain aura du succès en Europe, et vice et versa. En Amérique du Nord, la glace est plus petite, il faut vite s’ajuster. Il y a moins d’espace, moins de temps pour penser à ce que tu vas faire. Parfois, tu te retrouves à prendre des tirs depuis la bande faute de solution. On s’éclate sans doute plus en Europe quand on est un joueur technique. Mais mon but, c’est de jouer en NHL. Et puis on s’adapte à la petite glace.

Au Canada, il y a aussi les bagarres, qui sont interdites en Europe, vous vous y êtes même essayé…
En Europe, même si on n’a pas le droit de se battre, j’essayais de me bagarrer un peu, de mettre le « bordel ». Après, en Amérique du Nord, il faut faire attention contre qui tu te bats. Je me suis battu trois fois cette saison. C’était une bonne expérience, ça prouve que j’ai du caractère.

Comment décririez-vous votre style de jeu… vous êtes plutôt un joueur de finesse?
Mon jeu, c’est l’attaque. J’aime bien avoir le puck, le contrôler, et surtout marquer. En Amérique du Nord, il y a moins d’espaces pour faire des feintes, mais dès que j’ai la possibilité, j’en fais un peu. Cette année, j’ai aussi beaucoup travaillé sur mon shoot.

Le niveau physique est nettement supérieur en Amérique du Nord…
Il ne faut pas avoir peur. J’ai la chance d’avoir une bonne taille, je travaille beaucoup l’été pour devenir plus gros. On peut s’imposer avec la technique, mais il faut aussi être capable de s’imposer physiquement. C’est très important.

Cette année, vous avez fait une très grosse première saison, avec une ligne qui a très bien fonctionné…
J’étais sur une ligne avec deux joueurs Canadiens qui avaient un peu un style européen, avec beaucoup de vitesse et de technique. On s’est bien amusés. Des fois, le coach m’a fait changer de partenaires, et c’est vrai qu’il n’y avait pas la même entente. Mais je me suis adapté.

Votre père vous a conseillé pour l’adaptation?
Oui, mais j’ai surtout demandé conseil à des joueurs suisses que je connaissais, Niederreiter, Baertschi… Je savais comment les rookies étaient accuellis dans le vestiaire, notamment…

Comment s’est passé le combine*, à Toronto?
Je suis allé là-bas huit jours, j’ai même été invité chez les Maple Leafs et les Sabres de Buffalo, pour faire d’autres tests, voir les médecins, et visiter leurs infrastructures. Au total, j’ai parlé avec 22 équipes, et le feeling a été bon avec presque tous. Mais je sais aussi que je peux être drafté par une équipe à qui je n’ai pas parlé. Le combine, c’était vraiment dur, tu as intérêt d’être vraiment préparé. Tout le monde te regarde pour voir si tu es à fond, et tous les joueurs donnent vraiment leur maximum. Après le vélo, beaucoup vomissent. Tu sens que c’est la dernière ligne droite, tu te compares avec d’autres athlètes. Je me suis rendu compte que j’étais un peu en retard dans la préparation. Les mecs qui vont aller très haut sont vraiment costauds. Nous les Européens, on commence la musculation tard, eux y sont depuis longtemps.

Dans les différents classements, on t’attend autour de la quarantième place. Vous regardez ces classements?
Oui, j’aime bien savoir ce qui se dit sur moi. J’ai lu beaucoup de choses positives, peut-être que je serai même drafté tard dans le premier tour. Maintenant, toutes les équipes nous ont dit de ne pas nous faire de souci avec ça. Chaque équipes a sa propre liste, leurs scouts t’ont vu dix fois dans l’année. Je ne veux pas me mettre la pression en espérant le premier tour.

Une fois repêché, c’est une sacrée page qui se tourne…
C’est le début, tu fais partie d’une organisation. Ensuite, il faut tout faire pour jouer le plus vite possible. C’est sûr que si tu es drafté au premier tour, tu as 95 à 98% de chances de jouer dans la NHL, peut-être 85% au deuxième. Après, chaque joueur est différent. Certains ont déjà le gabarit NHL, d’autres non.

Vous allez assister à la draft?
Oui, je pars le jeudi 21, et je reste quatre jours. On a rendez-vous le vendredi matin pour se préparer, et ensuite, on va aller s’installer dans les tribunes et attendre. C’est quelque chose que j’attends depuis longtemps, depuis que je pense que j’ai un potentiel. Depuis deux ans, j’y pense presque tous les jours. On y est presque, c’est très excitant.

*Rassemblement des meilleurs espoirs organisé par la ligue pour tester les candidats au repêchage, tant sur le plan physique que lors d’entretiens avec les équipes de la ligue.

L’avis de Guy Charron, head-coach de Tim à Kamloops:

Guy Charron (photo blazerhockey.com)

« Tim ressemble un peu à son père, ce sont deux ailiers d’une bonne taille, intelligents, qui comprennent bien le jeu. Il s’est bien adapté à la WHL, ce qui n’est pas nécessairement facile. C’est un jeune joueur qui fait les efforts pour nécessaire pour être performant. Il a une bonne attitude. Son adaptation a été facilitée par le fait que la famille où il était parlait un peu français. Sur la glace, Tim a dû s’adapter. Quand un trio a du succès, comme le sien, l’opposition y prête plus attention. C’est un bon joueur de hockey, intelligent, qui connaît le jeu. Tim est un joueur de finesse, mais qui s’implique physiquement. Au niveau junior, certains joueurs qui ont des qualités ne veulent que se concentrer sur le jeu offensif. Mais on a mis l’accent sur le succès de l’équipe, il fallait travailler son jeu défensif. Son expérience en séries va aussi lui apporter beaucoup pour l’année prochaine. »