Season preview 2015-2016 : Toronto Maple Leafs

Eastern Conference – Atlantic division


 

Toronto50

 

Le Lou dans la bergerie

 

Brendan Shanahan (à gauche) a frappé un grand coup en attirant le mythique DG des Devils, Lou Lamoriello (à droite).

C’est de qui s’appelle un grand ménage. Après un an à la tête des Maple Leafs, qui lui a permis de faire un point sur les forces et faiblesses de l’organisation, le président de l’équipe, Brendan Shanahan, a entièrement reconstruit son front office en un été. Une réorganisation spectaculaire qui a vu partir l’entraîneur Peter Horachek, le DG Dave Nonis, le directeur du pro scouting Steve Kasper et le directeur du développement des joueurs Jim Hughes. Pour les remplacer, « Shanny » a fait très fort. Mark Hunter, dont la franchise OHL des London Knights est l’une des plus stable et forte du junior canadien, occupera le rôle de directeur du personnel joueurs; l’ancien des Red Wings Ari Vuori sera le responsable du scouting en Europe ; Jacques Lemaire vient renforcer le staff technique.
Mais les deux têtes d’affiche sont incontestablement le duo Mike Babcock – Lou Lamoriello. Le premier est unanimement reconnu comme le meilleur entraîneur de la ligue. En quête d’un nouveau challenge après 10 ans à la tête des Red Wings (avec une Coupe Stanley au palmarès), Babcock a choisi Toronto, devenant ainsi le coach le mieux payé dans l’histoire de la ligue (contrat de 8 ans à 6,25M$ par saison). Babcock est un entraîneur qui insiste sur la possession de puck, et la technique individuelle. Il aura la lourde tâche de remettre d’aplomb une franchise qui ne va nulle part. L’autre gros nom du recrutement estival est le nouveau DG Lou Lamoriello. Membre du Hall of fame depuis 2009, Lamoriello a passé 28 ans à la barre des Devils, qui en ont profité pour glaner cinq apparitions en finale de la Coupe Stanley, dont trois victoires. Négociateur remarquable, Lamoriello est considéré comme l’un des hommes les plus intelligents de la ligue. Il devra toutefois partager le pouvoir avec le quatuor Mark Hunter – Kyle Dubas – Brendan Shanahan – Mike Babcock. L’une des curiosités de cette saison sera de voir si ce quintet peut fonctionner. Lamoriello n’est en effet pas réputé pour sa capacité à partager les responsabilités. Autre interrogation, comment l’ancien DG des Devils et Mike Babcock, qui défendent deux conceptions du jeu à l’opposé parviendront à s’entendre.

Bye-bye Kessel
En attendant, Lamoriello n’était pas encore un Leaf quand l’organisation a procédé à la grande majorité de ses mouvements estivaux. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il furent nombreux, puisque sept nouveaux venus pourraient démarrer la saison avec Toronto. Phil Kessel, lui, la démarrera avec les Penguins. La star des Leafs, auteur d’une saison mitigée, a été échangé à Pittsburgh avec Tyler Biggs et Tim Erixon. En retour, Toronto a obtenu l’espoir finlandais Kasperi Kapanen, Nick Spaling, le défenseur Scott Harrington, un choix de première et un choix de troisième ronde lors du repêchage 2016. Les Leafs retiennent en outre 1,25M$ du cap hit de Kessel.
Toronto a également été actif sur le marché des agents libres, obtenant les ailiers PA Parenteau (1 an à 1,5M$ par saison) et Daniel Winnik (2 ans à 1,2M$ par saison), les centres Shawn Matthias (1 an à 2,3M$ par saison) et Mark Arcobello (1 an à 1,1M$ par saison), et le défenseur Matt Hunwick (2 ans à 1,2M$ par saison). L’idée est de donner du temps aux jeunes talents de l’organisation de se développer sans trop de pression, mais aussi, sans doute, de mettre de côté quelques trading chips en prévision de la trade deadline, pour amasser quelques choix et espoirs de plus. On pense notamment au duo Matthias – Winnik, dont le profil devrait intéresser des candidats aux playoffs pour la dernière ligne droite de la saison régulière.

Une autre saison en enfer
Les ambitions sont donc plutôt mesurées pour Toronto cette année, et les fans des Leafs doivent être conscients que leur équipe fera partie des bottom feeders cette saison. Un passage inévitable pour espérer redevenir compétitif à moyen terme. L’année sera, à n’en pas douter, douloureuse, car l’équipe de Mike Babcock semble plus faible encore que celle qui l’a précédé. Et pourtant, cela pouvait sembler difficile de faire pire. L’an dernier, les Maple Leafs disposaient de la 24e attaque de la ligue (2,51 buts par match), du 26e powerplay (15,9%), de la 26e défense (3,13 buts encaissés par match et du 22e PK (80,5%). On vous épargnera les chiffres de possession, plus pathétiques encore… Mais cette année, Toronto devra faire sans son meilleur marqueur, Phil Kessel. C’est donc un premier trio composé de James Van Riemsdyk, de Nazem Kadri et de PA Parenteau qui mènera leur attaque. Le premier est un gros attaquant, qui continue de produire avec régularité (27 buts après une première saison à 30 en 2013-2014). Sans doute la meilleure valeur marchande des Leafs avec Morgan Rielly si Shanahan, Lamoriello and co décident de poursuivre plus avant la destruction du noyau précédent. Quant à Nazem Kadri, à l’heure de disputer sa quatrième saison complète avec les Leafs, il reste une énigme. Extrêmement doué, il manque de constance, et son goût pour la fête est bien connu à Toronto. Mike Babcock a visiblement décidé d’en faire l’un de ses projets, déclarant qu’il pouvait devenir un joueur d’élite. Le troisième élément du premier trio sera PA Parenteau, un ailier québécois qui s’est révélé avec les Islanders, aux côtés de John Tavares. Depuis qu’il a quitté Long Island, il régresse, au point que Montréal a choisi de racheter sa dernière année de contrat.
Sur la deuxième unité, le playmaker Tyler Bozak, longtemps le binôme de Phil Kessel, devrait être associé à Joffrey Lupul, un ailier dangereux, mais trop souvent blessé. Un trio qui devrait être complété par le Slovaque Richard Panik, qui semble avoir trouvé à Toronto l’opportunité qui lui manquait pour s’installer en NHL. Panik a sans doute les qualités nécessaires pour devenir, avec un peu plus de temps de glace et les bons partenaires, un joueur correct de top 6 NHL. Sur la troisième unité, on retrouvera Shawn Matthias, un centre auquel on prédisait un brillant avenir, et qui n’a jamais réellement confirmé. Il s’est tout de même établi comme un solide bottom sixer, et reste sur une bonne saison avec Vancouver, qui l’a vu établir son record de but sur une année (18). On devrait le voir associer au très intense, mais limité ailier finlandais Leo Komarov, et au rugueux Daniel Winnik. Enfin, le quatrième trio sera celui de Nick Spaling, de Peter Holland, un centre repêché au premier tour par Anaheim en 2009 (15e overall), et qui ne semble pas pouvoir devenir plus qu’un joueur de troisième trio, et de William Nylander. Le premier choix des Leafs en 2014 est bourré de talent, rapide et skilled. Il ne devrait pas faire long feu dans le bottom six, soit parce qu’il se sera imposé dans le top 6 de Mike Babcock, soit parce qu’on l’aura jugé insuffisamment mature pour la grande ligue et qu’on l’aura renvoyé en AHL.

Rielly, l’étoile montante
La défense des Leafs s’appuiera avant tout sur le duo Dion Phaneuf – Morgan Rielly. Le premier, capitaine de la franchise, a bien failli être échangé l’an dernier, mais il est finalement resté à Toronto. C’est un gros arrière, puissant et intéressant offensivement, mais qui n’est pas un foudre de guerre dans sa zone, en dépit de son goût pour les mises en échec spectaculaires. Rielly, lui, est un petit Erik Karlsson en devenir. Superbe patineur, très doué offensivement, il doit perfectionner son jeu défensif, mais il est clairement l’avenir des Leafs en défense. Sur la deuxième unité, on devrait retrouver le spécialiste défensif Roman Polak, associé à l’agaçant Jake Gardiner. Gardiner est un arrière très doué, mais inconstant. Annoncé comme un futur défenseur numéro 1 ou 2, il semble plafonner. Enfin, le vétéran québécois Stéphane Robidas devrait être associé à Matt Hunwick, un défenseur de devoir, sur la dernière paire. A moins que le Slovaque Martin Marincin, acquis des Oilers cet été, ne s’impose.
Devant le filet, c’est une troisième édition du duel Jonathan Bernier – James Reimer qui s’annonce. Le Québécois a le dessus sur son rival, mais aucun des deux gardiens n’a été capable de prouver qu’il était un incontestable numéro 1. Bernier est capable, par période, de ressembler à un gardien du top 10 de la ligue, mais il manque trop de constance. Il sera intéressant de voir comment Babcock, qui n’a pas hésité l’an dernier à faire jouer la concurrence entre Mrazek et Howard, gèrera la situation.

Edit: Depuis la rédaction de ce preview, les Leafs ont récupéré Michael Grabner des Islanders, obtenu contre les espoirs Christopher Gibson, Taylor Beck, Carter Verhaeghe, Matt Finn et Tom Nilsson.


Le lineup probable

James Van Riemsdyk (#21) – Nazem Kadri (#43) – PA Parenteau (#15)
Joffrey Lupul (#19) – Tyler Bozak (#42) -Richard Panik (#18)
Daniel Winnik (#26) – Shawn Matthias (#27) – Leo Komarov (#47)
William Nylander (#62) – Nick Spaling (#13) – Peter Holland (#24)
Matt Frattin (#39)

Dion Phaneuf (#3) – Morgan Rielly (#44)
Jake Gardiner (#51) – Roman Polak (#46)
Stéphane Robidas (#12) – Matt Hunwick (#22)
Martin Marincin (#85)

Jonathan Bernier (#45)
James Reimer (#34)

Coach: Mike Babcock


L’an dernier:

15e de la conférence Ouest avec 68 points. Meilleur pointeur: Phil Kessel (61 points); meilleur buteur: James Van Riemsdyk (27 buts).

Le joueur à suivre :
Jonathan Bernier

Jonathan Bernier entame sa troisième saison sous le maillot des Leafs. Mais après deux saisons complètes, on ne sait toujours pas si l’ancien réserviste des Kings a réellement l’étoffe d’un numéro 1. La faute à une irrégularité chronique qui le voit alterner arrêts spectaculaires, et erreurs grossières. Il reste donc sous la pression de James Reimer, malgré une prolongation signée cet été. Au vu du salaire consenti par les Leafs, Bernier est le numéro 1. Il va devoir le prouver sur la glace, avec le handicap d’avoir devant lui l’une des plus faibles équipes de la ligue.

La relève :
Fini la «truculence»

Longtemps, les Maple Leafs ont accordé beaucoup d’importance à la taille et à l’agressivité des prospects disponibles, suivant la devise «truculence and belligerance» de l’ancien DG Brian Burke. La politique a clairement changé, comme en témoignent les premiers choix de l’organisation lors des deux derniers repêchages. Mitch Marner (4e overall en 2015, photo) est un ailier playmaker que l’on a comparé à Patrick Kane. Petit format, mais gros talent. Un peu le même genre de joueur que William Nylander (8e overall en 2014), Kasperi Kapanen (22e overall en 2014, choix des Penguins) et Jeremy Bracco (61e overall en 2015). Tout le contraire de Frédérk Gauthier (21e overall en 2013), un gros centre défensif. En défense, trois espoirs se distinguent : l’ex de Pittsburgh, Scott Harrington (54e overall en 2011), un arrière two way au coup de patin fluide ; Stuart Percy (61e overall en 2015), un arrière au jeu simple qui a fait des débuts courts, mais prometteurs avec les Leafs l’an dernier ; et Travis Dermott (34e overall en 2015), un défenseur offensif qui ressemble à une des bonnes pioches du dernier repêchage.

Le pronostic de TPPQB

Les playoffs? Soyons sérieux. Avec l’échange de Phil Kessel, Toronto s’est plutôt parfaitement positionné dans la course au premier choix du prochain repêchage. Les Leafs sont certainement les favoris de cette course à l’envers, avec Arizona et sans doute Carolina. Seule « ombre au tableau », l’arrivée de Mike Babcock pourrait bien permettre à l’équipe de grapiller quelques victoires supplémentaires, et de faire rater à la franchise son rendez-vous avec Auston Matthews.