Season preview 2017-2018 : New York Islanders

Eastern Conference – Metropolitan division


Le crucial feuilleton Tavares

 


A un an de la fin de son contrat, John Tavares est l’objet de toutes les attentions.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette saison est celle des incertitudes pour les Islanders. La franchise de Brooklyn sort d’une année complexe, où deux exercices réussis, conclus par deux qualifications consécutives en playoffs, une première depuis le début des années 2000, ont été balayés par un été raté. Il y a un an, Garth Snow ne parvenait en effet pas à retenir Frans Nielsen et Kyle Okposo, et choisissait d’offrir un contrat trop long et trop coûteux à Andrew Ladd pour compenser. Des changements qui ont été sanctionnés par un début de saison raté qui a vu le coach Jack Capuano écoper pour ses joueurs à la mi-janvier alors que l’équipe affichait un bilan insuffisant, mais pas déficitaire (17-17-8). Doug Weight, qui lui a succédé, a réussi a bien redresser la barre (24-12-4), mais échoué à une longueur de Toronto, premier qualifié pour les playoffs.

Le problème, c’est que cette saison démarre sur des bases pas si différentes. Comme l’an dernier, New York a perdu deux joueurs repêchés et développé par la franchise (Ryan Strome et surtout Travis Hamonic), et récupéré un élément plus âgé (Jordan Eberle). Comme l’an dernier, les doutes autour du poste de gardien ne sont pas complètement levés, Jaroslav Halak, un temps écarté, ayant fini fort une fois rappelé. Comme l’an dernier, l’idée est de faire confiance aux jeunes pour faire passer un cap à la franchise, jeunes qui n’ont pas, l’an dernier, su saisir leur chance.

Mais 2016-2017 s’annonce plus complexe encore. D’abord parce que l’on ignore si le bail de l’équipe avec le Barclays Center se poursuivra. John Ledecky et Scott Malin, les deux patrons de la franchise, aimeraient déménager dans le Queens, plus accessibles pour les fans des Islanders basés à Long Island. On a même parlé d’une offre pour une patinoire située à Belmont Park, à l’Est du Queen’s.

Eberle, l’atout pour convaincre Tavares
Mais surtout parce que le franchise player des Islanders, John Tavares, est en fin de bail en juin prochain. Le centre ontarien a toujours clamé sa volonté de faire toute sa carrière dans la franchise new-yorkaise. Mais à l’heure où nous écrivions ces lignes, il n’avait pas encore signé de prolongation, alors qu’il peut le faire depuis le 1er juillet. Les remous sportifs traversés par la franchise conjugués à l’incertitude sur la localisation de la patinoire peuvent troubler Tavares. Et la machine à rumeur, notamment à Toronto, s’est emballée. Cette saison sera donc cruciale : pour l’avenir des Islanders, il est fondamental de prouver à Tavares qu’il pourra mener une équipe digne des grands honneurs.

Pour ce faire, Garth Snow a visiblement tenté (en vain pour l’instant) de faire un trade pour Matt Duchene. Il a échangé Ryan Strome à Edmonton contre Jordan Eberle. Il aurait sans doute aimé conserver Travis Hamonic, mais le défenseur souhaitait depuis longtemps se rapprocher de sa famille dans l’Ouest canadien. Le retour obtenu (choix de première et de deuxième ronde en 2018, choix de deuxième rond en 2019 ou 2020) est intéressant, mais a peu de chance d’aider à court terme à remplacer Hamonic.

Il a par ailleurs négocié avec George McPhee pour protéger l’essentiel de son effectif et alléger sa masses salariale. Mikhail Grabovski (et ses 5M$ de salaire) et le défenseur Jake Bischoff, ont pris la route de Vegas en compagnie du choix de premir tour des Islanders en 2017 et d’un choix de deuxième tour en 2019. En retour, McPhee a laissé tranquille les Brock Nelson, Josh Bailey et Calvin de Haan, repêchant finalement le gardien remplaçant Jean-François Bérubé. Au bout du compte, on se dit que si les Islanders progressent de façon significative, ce sera surtout parce que certains joueurs auront rebondi, et que certains jeunes auront su saisir leur chance. Un pari osé quand l’enjeu est de conserver votre franchise player.

Anders Lee, une explosion offensive inattendue
En allant chercher Jordan Eberle, Garth Snow a renforcé ce qui était déjà un point fort de l’équipe, l’an passé. Les Islanders disposaient de la 10e attaque de la ligue (2,91 buts par match), malgré un powerplay franchement atroce (14,9% d’efficacité, 28e de la ligue). C’est une attaque qui repose s’appuie sur sa profondeur, mais évidemment aussi sur le talent de  John Tavares. L’ancien des Generals d’Oshawa a connu une saison un peu en retrait, sans doute en partie du fait d’une blessure à la main qui ne l’a pas quitté pendant l’essentiel de l’hiver. Avec 66 points, il parvient tout de même à s’insérer dans le top 30 des pointeurs de la saison dernière. Tavares demeure l’un des meilleurs centres de la ligue, désormais très efficace dans les deux sens de la patinoire. C’est un élément important sur la glace et dans le vestiaire. L’arrivée de Jordan Eberle lui donnera à nouveau un véritable ailier de premier trio. Le petit ailier originaire du Saskatchewan est un pur buteur, disposant à la fois d’un instinct sûr pour se trouver au bon endroit au bon moment près du filet, et d’un excellent lancer, très précis. Le trio pourrait être complété par un autre attaquant développé par les Islanders, Anders Lee. Le power forward minnesotan a connu une énorme progression la saison dernière, saison passée à l’aile de John Tavares – ceci explique sans doute en partie cela. Ce gros gabarit, utile dans le jeu de possession, avait déjà donné des signes prometteurs quant à sa capacité à tromper les gardiens adverses, mais il a fait très fort l’an dernier avec 34 buts, de quoi terminer dans le top 10 des buteurs de la ligue. Une confirmation est attendue.

Agaçant par son inconstance, mais régulier à plus 20 buts ou plus inscrits par saison depuis trois ans, Brock Nelson devrait être au centre du deuxième trio. Ce gros gabarit est doué techniquement, notamment près du filet, et appliqué à jouer de façon responsable. Il devrait retrouver Josh Bailey, qui a connu la meilleure saison de la carrière aux côtés de John Tavares. C’est un ailier au solide gabarit, intelligent, qui s’appuie plus sur ses qualités de playmaker que de scoreur. A 27 ans, il semble enfin jouer à la hauteur de son potentiel. Reste à savoir s’il pourra poursuivre sans évoluer sur le trio de Tavares. Le trio devrait être complété soit par Andrew Ladd, un gros power forward tenace et courageux, mais qui sort d’une saison médiocre pour la première année de son nouveau contrat, glissant des 50/60 points qu’il avait l’habitude de produire à un maigre total de 31 points, soit par le jeune et prometteur Anthony Beauvillier. Le Québécois sort d’une première saison NHL encourageante, qui l’a vu disputer 66 matchs. A la fois doué offensivement et très intense, il compense bien son modeste gabarit.

Beauvillier pourrait aussi se retrouver sur le troisième trio, avec un autre jeune talent de l’équipe, Mathew Barzal. L’an dernier, le centre des Seattle Thunderbirds s’est contenté de deux petits matchs l’an dernier avant de retourner en WHL, où il a brillé, tant en saison régulière, où il frôlait les deux points par match, qu’en playoffs, où il a conduit son équipe au titre WHL. Il a les moyens de devenir le centre numéro 2 de l’organisation, mais peut aussi évoluer à l’aile. A sa droite, on pourrait retrouve le Russe Nikolai Kulemin, clairement en déclin depuis quelques saisons. A moins que Josh Ho-Sang ne finisse de s’imposer. Le fantasque ailier ontarien est bourré de qualités, mais doit trouver constance et maturité. S’il y parvient, New York pourra aligner trois trios offensifs très intéressant. Quant au quatrième, il devrait être l’un des plus intéressants de la ligue entre le rapide centre two way Casey Cizikas, le très rapide ailier Jason Chimera, et le banger Cal Clutterbuck. Tous trois sont de solides vétérans, mais aussi des joueurs capables de scorer, faisant peser sur l’adversaire une menace constante.

 

De Haan, Pelech, Pulock, l’espoir vient des jeunes
Le point noir pour les Islanders est sans doute en défense, privée donc d’un de ses piliers avec Travis Hamonic, et qui, avec lui, se situait déjà dans le dernier tiers de la ligue l’an dernier (23e avec 2,9 buts encaissés), avec un PK pourtant très correct (11e avec 81,9% d’efficacité). Pour compenser son absence, pas de recrue majeure, mais quelques éléments solides, à commencer par le premier duo, composé du puckmover Nick Leddy, fluide et endurant, et de son binôme Johnny Boychuk, plus défensif et physique, mais redoutable en avantage numérique du fait de son puissant lancer. Leddy sort d’ailleurs de sa meilleure saison offensive en carrière (46 points), et s’établit comme un véritable défenseur numéro 1. Quant à Boychuk, il demeure un solide client, mais son nombre de matchs disputés décroit chaque année depuis quatre ans, ce qui peut inquiéter, à 33 ans et avec encore 5 années de contrat à écouler.

Sur la deuxième unité, on retrouvera Calvin de Haan, un puckmover calme et intelligent que Garth Snow a peiné à mettre sous contrat cet été, pour finalement lui accorder une prolongation d’un an à 3,3M$. Avec le départ  de Hamonic, il sera capital pour les Islanders que de Haan poursuive sa progression avant de signer à long terme avec la franchise qui l’a repêché. Il devrait évoluer avec Thomas Hickey, ancien quatrième choix overall des Kings en 2007 qui a réussi à sauver sa carrière depuis son arrivée à New York. Sans être à la hauteur du potentiel qu’on pouvait lui prêter à l’époque, il est aujourd’hui un solide NHLer, et cette saison pourrait être pour lui l’occasion de gagner en temps de glace et en responsabilités. A moins que Doug Weight ne décide de confier le poste de quatrième défenseur au prometteur Ryan Pulock, un arrière qui défend sans fioritures et s’appuie sur un énorme lancer, qui pourrait faire du bien au powerplay des Islanders. Il reste toutefois sur une saison mitigée, où il n’a quasiment pas joué en NHL, passant le plus claire de son temps à Bridgeport, en AHL. Enfin le top 6 pourrait être complété soit par le vétéran allemand Dennis Seidenberg, solide dans sa zone, mais qui a nettement ralenti, ou par Adam Pelech, un arrière gros format au jeu complet, qui doit toutefois gagner en constance.

Côté goalies, la situation est, a priori, claire. Thomas Greiss s’est vu confier l’an dernier le rôle de numéro 1, au détriment de Jaroslav Halak. L’Allemand en a profité pour accumuler 51 matchs, ce qu’il n’avait jamais connu en NHL. Mais il n’a pas vraiment brillé, affichant des statistiques sans relief (22e parmi les gardiens à plus de 40 matchs avec 91,3% d’arrêts, 24e pour la moyenne de buts encaissés avec 2,69, en net recul par rapport à la saison précédente). Quant au Slovaque, il a connu une année très difficile. Rendu disponible pour un échange suite aux critiques de son agent contre les Islanders, qui avaient décidé d’utiliser trois gardiens, il a été relégué en AHL, où il s’est montré dominant, avant de revenir en NHL et de bien finir la saison. Dans la dernière année de son contrat, il doit se montrer pour décrocher un nouveau deal, certainement loin de New York. A priori donc, Greiss est le starter. Mais si ses stats ne s’améliorent pas, il n’est pas exclu de voir Halak lui repasser devant… Bref, une situation loin d’être idéale pour fonctionner dans la sérénité.


Le lineup probable

Anders Lee (#27) – John Tavares (#91) – Jordan Eberle (#7)
Andrew Ladd (#16) – Brock Nelson (#29) – Josh Bailey (#12)
Anthony Beauvillier (#72) – Mathew Barzal (#13) – Nikolai Kulemin (#25)
Jason Chimera (#86) – Casey Cizikas (#53) – Cal Clutterbuck (#15)
Josh Ho-Sang (#66)

Nick Leddy (#2) – Johnny Boychuk (#55)
Calvin de Haan (#44) – Thomas Hickey (#14)
Dennis Seidenberg – Ryan Pulock (#6)
Adam Pelech (#50)

Thomas Greiss (#1)
Jaroslav Halak (#41)

Coach: Doug Weight


NEW YORK ISLANDERS
Création: 1972
Propriétaires: Jon LedeckyScott D. Malkin (New York Islanders Hockey Club) depuis 2014
Patinoire: Barclays Center
Palmarès: 4 Stanley Cups (1980, 1981, 1982, 1983)
Equipe affiliée AHL:
Bridgeport Sound Tigers

L’AN DERNIER
9e
de la Conférence Est avec 94 points.
Meilleurs pointeur : John Tavares (66 points).
Meilleur buteur : Anders Lee (34 buts)

Le joueur à suivre :
JORDAN EBERLE

L’expérience en Alberta s’est mal terminée pour Jordan Eberle, dans le viseur des fans et médias d’Edmonton lors des playoffs, où il s’est montré bien discret. Mais en saison régulière, le petit ailier est un scoreur fiable, qui efface le plateau des 20 buts avec régularité. Statistiquement, il est à la lisière du top 20 des ailiers droits de la ligue, à un tarif honnête. Et en faire un playoffs choker au terme de sa première expérience du hockey printanier semble un peu hâtif. L’échange qui l’envoie aux Islanders est l’occasion de se relancer et de donner tort à ses détracteurs.

La relève :
LA NOUVELLE VAGUE ARRIVE

Matthew Barzal

Classement
ESPN : 4e.
Les Islanders ont pour habitude de prendre leur temps avec leurs espoirs. L’an dernier, on s’attendait à voir Mathew Barzal (16e overall en 2015) en NHL. Il n’a finalement disputé que deux matchs avant de retrouver la WHL. Le joueur originaire de Colombie Britannique est le plus sûr espoir de l’organisation, un playmaker rapide et créatif qui a les moyens de devenir le deuxième centre de l’organisation. Plus loin de la NHL, l’ailier buteur Kieffer Bellows  (19e en 2016) a confirmé sa belle adresse devant le filet adverse, et ajouté une intéressante agressivité. Très coté, le gros et talentueux Michael Dal Colle (5e en 2014) a connu des débuts délicats en AHL. La trajectoire de Josh Ho-Sang (28e en 2014) est plus encourageante. Très talentueux, mais manquant parfois de maturité, il a partagé son temps entre Bridgeport (AHL) et Brooklyn l’an dernier. En défense, le principal espoir de l’organisation est Ryan Pulock (15e en 2013), un arrière mobile doté d’un énorme slapshot qui est lui aussi aux portes de la grande ligue. Citons aussi le très offensif Mitch VandeSompel (82e en 2015),  le solide Parker Wotherspoon (115e en 2015) et les trois recrues de juin, le Finlandais Robin Salo (46e), l’Américain Ben Mireageas (77e) et l’overager suédois Sebastian Aho (139e), homonyme de l’ailier de Carolina. Enfin, les Isles comptent deux bons goalies en devenir, le Russe Ilya Sorokin (78e en 2014), meilleur gardien de KHL en 2016, et le Suédois Linus Soderström (95e en 2014).

Le pronostic de TPPQB

Les Islanders sont clairement une des équipes les plus difficiles à lire. Le potentiel est là pour aller en playoffs, mais ils ont la malchance d’évoluer dans la meilleure division de la ligue. L’attaque risque d’être explosive, mais la défense est peu rassurante. Si les jeunes progressent et s’imposent, New York devrait se qualifier pour les playoffs, sans doute via une place de wildcard. Mais on voit mal cette équipe éliminer l’un des ténors de sa division, et une sortie précoce sera un argument de plus dans le camp du départ pour Tavares. C’est clairement la saison de tous les dangers.